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 Élèves déficients visuels

L’installation au CDI. Adapter son cours à des élèves déficients visuels. Conseils pratiques

Article mis en ligne le 28 mars 2019
dernière modification le 8 novembre 2019

par Anouck Besse, Béatrice Wauters

Adapter son cours à des élèves déficients visuels. Conseils pratiques

Lorsque l’on accueille un élève déficient visuel au sein d’une classe, quelques adaptations peu coûteuses en temps pour l’enseignant permettent de façon efficace de réduire le coût cognitif pour l’élève face à un document. 

Ces petits conseils ne sont pas exhaustifs, mais vous donneront je l’espère quelques pistes !

Au préalable, il faut savoir que les déficiences visuelles sont multiples : sans rentrer dans des considérations trop techniques, certains élèves verront les couleurs et d’autres non, certains ont une vision tubulaire (champ visuel restreint)...Il ne faut donc pas hésiter à demander à vos élèves s’ils voient bien, quelle est la police la plus confortable pour eux...Parfois on n’ose pas leur demander, mais sachez qu’ils ne s’en offusqueront pas et que c’est ainsi que vous pourrez adapter au mieux ! 

Vous pouvez également échanger avec son professeur principal qui devrait être en possession de sa mise en oeuvre de PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) définissant ses prises en charge, ses besoins et les adaptations nécessaires.

   L’installation au CDI

Si l’élève se déplace avec une canne, qu’il a des difficultés pour s’orienter, prenez un moment pour lui expliquer l’organisation de l’espace (ordinateurs, espace de travail, coin lecture...). Il gagnera, au fur et à mesure de ses visites, en autonomie. 

Si vous l’aidez à s’installer à une table, indiquez-lui bien où vous placez ses affaires, sa canne. 

Vous pouvez lui proposer de prendre votre bras pour l’aider à s’installer.

   La mise en forme

- Privilégiez une police de type Arial, Verdana ou Comic sans ms (efficace aussi pour un public d’élèves dys- )
- Pour la grosseur de la police  : n’hésitez pas à demander à l’élève ce qui est plus confortable pour lui (gras ou non gras, 14,16,18...)
- Pensez à proposer un texte aéré avec une interligne 1.5
- Ne justifiez pas le texte ! En effet, même si cela nous paraît plus esthétique lorsque l’on justifie un texte l’espace entre les lettres n’est pas toujours le même. Il vaut donc mieux tout aligner à gauche.
- Evitez le A3 : c’est souvent notre premier réflexe, mais si vous le pouvez, mieux vaut éviter de fournir un agrandissement en A3. En effet, l’élève mettra du temps à explorer le document. 
- Il vaut donc mieux lui fournir une police adaptée. 
- Pas de fioritures : cela peut être un peu frustrant parfois, mais il faut penser à un document le plus lisible possible. Ce sera aussi profitable pour les élèves dys-, ou pour les élèves plus en difficulté. Evitez si possible les cadres, les présentations très chargées de type manuels scolaires, ou même les couleurs.

   Les images

L’utilisation d’images avec un élève déficient visuel, qu’elles soient fixes ou animées nécessitera forcément un petit temps d’adaptation. Ayez toujours bien en tête, en cas de photocopies, l’importance d’un contraste conséquent noir/blanc.

- Pensez à prendre le temps de décrire le document à l’élève, voire si cela est possible, de lui écrire la description du document iconographique sous la légende. 

- En cas de diffusion au tableau d’un film ou d’une image, pensez à faire asseoir l’élève au premier rang et à vous assurer que le document est suffisamment lisible. 

- Si vous passez un film ou un reportage, essayer de faire un peu d’audiodescription en vous plaçant à côté de l’élève : sans rentrer trop dans les détails, donnez les éléments importants à la compréhension de l’histoire.

- Encore mieux si vous diffusez un film : vous pouvez utiliser un film audiodécrit. Il y en a de plus en plus, vous pouvez faire une recherche en ce sens si vous commandez des documents sur les sites de centrales d’achat comme l’ADAV et COLACO

    Le passage à l’écrit

Si un élève déficient visuel doit écrire, il aura en fonction de sa vision et de ses habiletés les possibilités suivantes :


-  un bloc note braille s’il lit et écrit le braille. 
-  un ordinateur avec éventuellement des logiciels adaptés (logiciel de
-  des feuilles et un stylo, tout simplement ! 

- S’il n’a pas d’AESH, cela pourra peut-être lui faciliter la tâche que vous fassiez le secrétaire, mais ce n’est pas toujours évident (en effet, il doit tendre vers l’autonomie et vous n’aurez peut-être pas le temps pour cela, car il faut gérer le reste de la classe). 
- Il peut donc être intéressant de prévoir avant votre séance le texte qui doit être pris en note, si l’élève est empêché pour le faire de son côté. C’est également susceptible d’aider des élèves avec d’autres besoins spécifiques. 
- Vous pouvez donc le prévoir sous forme numérique, afin de pouvoir lui donner sur clé USB.

Si votre élève est brailliste et qu’il utilise un bloc note braille n’hésitez pas à lui fournir le texte dans un format txt. Il pourra ainsi y avoir accès sans problème. Les blocs note braille possèdent un petit écran, que l’élève peut choisir d’allumer ou non, vous pouvez demander à ce qu’ils l’allument pour voir où il se situe dans la prise de notes ou la lecture du document.

J’espère que ces petits conseils vous auront aidés à voir comment les professeur.e.s documentalistes peuvent prendre en compte dans leurs séances les besoins des élèves déficients visuels. 

 Le numérique

Les technologies pour les braillistes évoluent et, avec le numérique on a assisté à une vraie révolution dans les gestion des ressources les concernant (énormément de références - car tout document sous le bon format peut être lu par un bloc note braille, qui prennent beaucoup moins de place).
Même si les liseuses restent difficilement accessible financièrement à l’heure actuelle, à terme c’est une sacrée avancée : ce qui est bien et que ça permet une vraie exploration du document par les braillistes (ce qui n’est pas le cas avec les blocs note braille actuels qui ne proposent que deux lignes à la fois).

  • StorySign : une application qui traduit les livres en LSF (langue des signes française)
  • Live Transcribe à télécharger (android) : Une application pour les sourds et malentendants.
  • Sématos, le portail européen des langues de signes : un dictionnaire vidéo de la LSF (Langue des Signes Française)
  • Elocance , l’application qui transforme en audio tous les contenus écrits (mails, livres, documents, newsletters...) : "lisez-les avec les oreilles dans les transports ou en marchant dans la rue. C’est votre téléphone qui vous fait la lecture !"

 Livres pour malvoyants

  • EOLE : une bibliothèque de livres adaptés pour les personnes pour qui la lecture est difficile du fait de leur handicap : des livres audio, en braille à télécharger ou recevoir gratuitement...
  • La ville braille : Edition de livres Braille tactiles et tactilo-visuels : Livres d’art, BD, livres Braille illustrés pour enfants, fiches pédagogiques… permettent d’associer textes noirs et textes Braille, images imprimées et images tactiles. On peut ainsi diversifier et multiplier les médias proposés aux aveugles et mal-voyants.
  • Cflou sélectionne des livres à gros caractères pour malvoyants

Livres gaufrés, en relief, découverts à la bibliothèque patrimoniale de l’école Estienne lors du séminaire des IAN documentation à Paris :

Adaptation du livre "Les Pierres de Venise" de John Ruskin dans une édition multimédia accessible aux aveugles et aux malvoyants et "Chapelles" un livre audiotactile qui présente les trésors de la Sainte-Chapelle en relief à travers 60 dessins gaufrés permettent aux aveugles d’effleurer ce chef d’œuvre gothique du bout des doigts. Un ouvrage réédité de la collection Sensitinéraires.

La Sainte-Chapelle, Editions du Patrimoine, format 31.5x28 cm, 30 euros, en vente en librairies et à la librairie des Monuments historiques.
ISBN : 978-2-7577-02659
www.monuments-nationaux.fr
www.sainte-chapelle.monuments-nationaux.fr

 Pensez-y !

  • Sachez qu’à Villeurbanne il existe le CTRDV(centre Technique de Ressources pour la Déficience Visuelle) dans lequel les élèves déficients visuels peuvent emprunter des ouvrages, qui propose également mallettes et documents ressources.
  • Quelques clic sur Youtube devraient vous permettre de trouver des contes, livres, poèmes chantés ou lus ou chuchottés...

 Aller plus loin

  • Si ces problématiques vous intéressent, le site de l’INSHEA (Institut National Supérieur de formation et de recherche Handicap et Enseignements Adaptés) propose un guide pour les élèves accueillant des élèves présentant une déficience visuelle (ainsi que beaucoup d’autres guides pédagogiques et pratiques pour les EABEP).
  • Les projets d’Inova : le projet OFAEL (Ouvrages Francophones Adaptés En Ligne) vise à augmenter de manière significative les possibilités d’accès aux livres et à la lecture pour les personnes handicapées visuelles, aveugles ou malvoyantes

Anouck Besse, professeure documentaliste
Cité Scolaire René Pellet - EREA de la Déficience Visuelle, Villeurbanne